Home Tutorials Shortage of medicines, how to learn to “do without”?

Shortage of medicines, how to learn to “do without”?

8
0
Derrière chaque pharmacie se cache un circuit bien organisé et structuré. Tout commence avec les grossistes répartiteurs sur tout le territoire qui servent d'intermédiaires entre les fabricants et les pharmacies. Ils ont une obligation de service public, ce qui signifie qu'ils doivent assurer la disponibilité des médicaments partout en France. Les pharmaciens d'officine, tout au bout de cette chaîne, sont responsables de délivrer les médicaments aux patients dans un délai légal, généralement 72 heures en cas de rupture d'approvisionnement.La chaîne inclut donc plusieurs maillons : la production de médicaments, le stockage et la distribution par les grossistes, puis la délivrance par les pharmaciens. Même si elle est extrêmement rôdée et encadrée juridiquement, cette chaîne est devenue fragile. Fabien Bruno, pharmacien d’officine à Paris, en témoigne au quotidien : « On estime qu’on passe entre une à deux heures par jour sur les périodes vraiment tendues pour chercher des médicaments », confie-t-il, évoquant un travail de fourmi entre grossistes, fournisseurs et confrères du quartier.

Pour Clémence Marque, docteure en pharmacie, chercheuse et présidente d’Adrastia — association dédiée aux risques systémiques et d’effondrement des sociétés modernes —, les causes sont profondes et structurelles. Elle identifie deux grands facteurs. D’abord, une explosion quantitative de la demande mondiale : « Le marché du médicament a été multiplié par quinze en un demi-siècle, et par quatre depuis le début de ce siècle », rappelle-t-elle, alors qu’il faut entre cinq et huit ans pour construire une nouvelle capacité de production industrielle. Ensuite, une fragilisation délibérée des chaînes d’approvisionnement au nom de la rentabilité : délocalisation des achats, hyperspécialisation des sites, concentration des fournisseurs. « Dès qu’il y a le moindre problème : une épidémie, une tempête sur une usine — la chaîne n’est plus en capacité de faire face », résume-t-elle.Les médicaments les plus touchés ont deux points communs : ils sont dans plus de 98 % des cas sur le marché depuis plus de dix ans, et dans plus de 80 % des cas, leur prix de sortie d’usine est inférieur à 5 euros. « Vieux et pas chers », ces médicaments sont pourtant souvent les plus essentiels — à commencer par les génériques, qui ont bouleversé l’équilibre économique du secteur à partir des années 2000.

La vulnérabilité du système ne s’arrête pas aux frontières des usines. Le Dr Anne Sénéquier, psychiatre, chercheuse et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale de l’IRIS, place le phénomène dans un contexte plus large : « La pénurie à l’officine, c’est vraiment la face émergée de l’iceberg. » La région du Moyen-Orient constitue en effet un hub logistique majeur, point de jonction entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Avec le conflit actuel, on peut craindre une perturbation durable de ces routes d’approvisionnement : les coûts d’assurance s’envolent, les convois doivent emprunter des trajets alternatifs, plus longs et plus coûteux.Un scénario que la sécheresse en Amérique centrale a déjà illustré : en réduisant le niveau d’eau du canal de Panama, elle a contraint des centaines de navires à contourner le continent, retardant des livraisons de principes actifs indispensables à la fabrication de nos médicaments. « On a construit notre souveraineté pharmaceutique sur des éléments très vulnérables aux chocs actuels, qu’ils soient géopolitiques ou climatiques », avertit-elle.

Face à l’ampleur du phénomène, des pistes existent, et Fabien Bruno en incarne lui-même une, concrète et souvent méconnue du grand public : la préparation magistrale, autrement dit la fabrication directe de médicaments au sein de l’officine. Il plaide également pour une meilleure sobriété des prescriptions : « Je ne suis pas sûr qu’on soit mieux soignés en France qu’en Allemagne ou qu’en Belgique », alors que la France prescrit deux fois plus d’antibiotiques que ses voisins européens.Clémence Marque défend quant à elle le concept de « juste soin » — une sobriété médicamenteuse qui ne serait pas un renoncement, mais un retour à l’essentiel. « Éviter les examens superflus, éviter les médicaments superflus. Le médicament, c’est devenu un réflexe un peu facile », insiste-t-elle.Pour Anne Sénéquier, la réponse est d’abord politique. Elle appelle à s’attaquer aux déterminants de santé en amont — alimentation ultra-transformée, sédentarité, injonctions consuméristes — plutôt que de se contenter de recommandations individuelles. « Si on manque de médicaments, peut-être qu’il faudrait aussi manquer de maladies », tranche-t-elle.Pour en savoir davantage sur l’émission, la suite est à écouter…

Les invitésClémence Marque, docteure en pharmacie et chercheuse, elle préside Adrastia, une association qui étudie les risques systémiques et d'effondrement des sociétés modernes. Elle a longtemps travaillé dans l'industrie pharmaceutique. Elle est autrice « Faire sans » publié chez Actes Sud.
Dr Anne Sénéquier, psychiatre, chercheuse et co-directrice de l'Observatoire de la santé mondiale de l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), autrice du livre « Géopolitique de la santé, 4 fiches illustrées pour comprendre le monde » aux éditions Eyrolles.
Fabien Bruno, pharmacien d'officine à Paris