Le 7 octobre 2023 a provoqué une bascule intérieure chez Nathan Devers. Il explique qu’alors qu’il avait “pris de la distance par rapport à l’évolution politique d’Israël”, face à la polarisation croissante dans le pays, face à l’impression que celui-ci “vivait dans l’illusion de la force, dans l’oubli de la fragilité qui lui était essentielle”, le 7 octobre a réveillé en lui “un sentiment d’amour”. Il cite Simone Veil, qui “distingue deux manières d’aimer un pays : une manière où l’on aime un pays pour son orgueil national, pour le fétichisme de la force, pour les uniformes, les pièces d’identité, la gloriole factice, et une manière qu’elle appelle l’amour par compassion, l’amour du pays parce qu’il est faible, parce qu’il est vulnérable, parce qu’il est mortel.”Nathan Devers ne se reconnaît cependant pas dans l’Israël d’aujourd’hui : “Il y a dans la Bible deux manières de concevoir la réponse à apporter au mal. Premièrement, si l’on caricature, la manière d’Abraham. Quand Dieu dit à Abraham qu’il va détruire Sodom et Gomorre, parce que ce sont des villes vouées au mal, Abraham dit à Dieu ‘tu te profanes toi-même en pensant cela, il suffit qu’il y ait 10 justes dans ces villes, tu n’as pas le droit de les détruire, tu n’as pas le droit de punir l’injuste, le coupable, le méchant avec le juste’. L’autre vision, qui s’affirme dans des textes comme ceux de Josué, est celle de la vengeance totale. Ces deux visions cohabitent au sein de la Bible, au sein de la pensée juive, et je crois que la démocratie israélienne a été, après le 7 octobre, tiraillée dans un dilemme éthique face au traumatisme qui a été engendré. La position qui est la mienne, c’est d’essayer d’abord de comprendre les deux parts de ce dilemme, mais évidemment de défendre une certaine conception de la tradition, de l’éthique et de la pensée juives”.
Olivier-Thomas Venard explique que le Patriarche latin – empêché, dimanche 29 mars, par la police israélienne, de célébrer la messe des Rameaux –“avait, contraint par les événements”, notamment par les chutes de missiles potentielles, “supprimé des célébrations extrêmement importantes”, non seulement pour leur Eglise, mais aussi “pour les Eglises en général”. Frère Venard raconte “qu’il voulait tout simplement aller célébrer une messe avec la petite communauté des moines franciscains qui habitent au Saint-Sépulcre”. Selon lui, cette interdiction a donc été vécue “comme une espèce d’injustice dans l’injustice”.Pour Nathan Devers, Jérusalem est une ville habitée par “l’extase mystique la plus grande, la plus sublime”, par “une sorte d’appel vers la transcendance”, “qui donne lieu à des pulsions d’intolérance, voire à des pulsions de brutalité”. Il conçoit ainsi Jérusalem comme une métaphore, celle de la manière “dont l’appel du ciel peut se transformer en une pulsion d’appropriation de la terre et une pulsion de chasser l’autre, voire de l’expulser”. Lui est convaincu que pourtant, “la beauté de Jérusalem” réside dans le fait que “personne, aucune identité, ne peut revendiquer entièrement cette ville”.Olivier-Thomas Venard est aussi directeur du programme de recherches “La Bible en ses traditions”. Vous pouvez trouver davantage d’informations sur ce projet Ouverture dans un nouvel onglet.





