Principaux renseignements
- Le conflit en Iran perturbe gravement les chaînes d’approvisionnement mondiales en engrais, ce qui entraîne une hausse des prix et met en péril la sécurité alimentaire.
- La hausse des prix du gaz naturel et les restrictions à l’exportation d’engrais obligent les agriculteurs du monde entier à réduire leurs surfaces cultivées ou à solliciter des aides publiques.
- Le nombre limité de fournisseurs alternatifs et les tensions géopolitiques persistantes aggravent la situation.
Le conflit en cours en Iran a des conséquences économiques de grande envergure, dont l’une est un grave goulot d’étranglement dans l’approvisionnement mondial en engrais.
Perturbations dans l’approvisionnement en engrais
Les camions s’accumulent du mauvais côté du détroit d’Ormuz. Cela entraîne des retards de production et des arrêts dans les usines d’engrais de pays comme l’Inde, l’Algérie et la Slovaquie, en raison de la hausse des prix du gaz naturel. La Chine a également restreint ses exportations d’engrais, ce qui aggrave encore la situation. Cette pénurie oblige les agriculteurs du monde entier, y compris les producteurs de blé australiens et les producteurs américains de maïs et de soja, à s’adapter en réduisant leurs surfaces cultivées ou en sollicitant l’aide du gouvernement.
Alors que les inquiétudes concernant l’impact économique du conflit se sont largement concentrées sur la hausse des prix du pétrole et du gaz naturel, les répercussions en cascade sur l’approvisionnement en engrais deviennent de plus en plus préoccupantes. Ces perturbations font grimper les prix des engrais à l’échelle mondiale, menaçant la sécurité alimentaire dans les régions vulnérables.
Dépendance au gaz naturel
La production de la plupart des engrais repose sur le gaz naturel, ce qui fait du Moyen-Orient un producteur mondial clé, juste derrière la Russie. Le détroit d’Ormuz constitue une voie cruciale pour près d’un tiers des expéditions mondiales d’engrais. De nombreux pays qui produisent leurs propres engrais, comme l’Égypte et la Thaïlande, dépendent du gaz naturel provenant du Moyen-Orient.
Deepika Thapliyal, spécialiste des engrais, souligne la forte hausse des prix des engrais due à la pénurie d’approvisionnement. Cela affecte les grands producteurs agricoles comme l’Inde, qui risque de faire face à des pénuries. Les agriculteurs de pays comme les États-Unis et le Brésil, qui dépendent des engrais importés, se préparent également à une augmentation des coûts qui pourrait être répercutée sur les consommateurs.
Nombre limité de fournisseurs alternatifs
La pression s’accentue encore en raison de la capacité limitée de la Russie à intervenir en tant que fournisseur alternatif d’engrais. Les attaques persistantes de drones contre les usines et les ports russes, liées au conflit avec l’Ukraine, entravent les exportations.
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a mis en garde contre les risques pesant sur l’approvisionnement alimentaire dans de nombreux pays, notamment les États du golfe Persique qui dépendent fortement des importations pour des matières premières essentielles telles que le riz, le maïs, le soja et l’huile végétale. Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC, a souligné l’effet déstabilisateur du conflit sur le commerce de l’énergie, des engrais et des denrées alimentaires. Surtout compte tenu des tensions géopolitiques existantes, des conflits commerciaux et des pressions liées au climat.
Bien que le président américain Donald Trump se montre optimiste quant à une résolution rapide, la durée du conflit reste incertaine. Des informations récentes suggèrent que l’Iran autorise de nouveau le passage des pétroliers, mais les données maritimes indiquent un trafic limité. Celui-ci s’effectue principalement dans un couloir contrôlé par les Gardiens de la révolution iranienne.
Perturbations touchent plusieurs secteurs
L’impact ne se limite pas aux engrais. D’autres secteurs cruciaux sont également touchés. L’aluminium, essentiel à la production industrielle, et l’hélium, indispensable à la fabrication des semi-conducteurs, sont confrontés à des problèmes d’approvisionnement.
Les analystes de Blue Yonder soulignent des retards généralisés dans la chaîne d’approvisionnement qui affectent les médicaments, les fournitures médicales, les semi-conducteurs, les batteries et d’autres marchandises en raison de la hausse des coûts de transport et des primes d’assurance.
Suketu Gandhi, associé dans un cabinet de conseil en gestion, prévoit de nouvelles hausses de prix pour les marchandises. Ces hausses sont dues à l’augmentation des frais d’expédition résultant du contournement du cap de Bonne-Espérance par les navires. On s’attend également à ce que la hausse des prix de l’énergie fasse grimper les tarifs des contrats de transport maritime commercial.
Asie est la plus vulnérable aux pénuries
L’impact sur l’approvisionnement en engrais est particulièrement préoccupant compte tenu de ses répercussions en cascade sur la sécurité alimentaire mondiale. Alpine Macro, une société de recherche en investissement, identifie l’Asie, en particulier l’Inde et la Thaïlande, comme étant les plus vulnérables aux pénuries. Les agriculteurs européens et américains qui se préparent pour la saison des semis de printemps sont également confrontés à des hausses de prix.
Bien que les prix actuels des engrais n’aient pas encore atteint les sommets de 2021 et 2022, la durée de ces perturbations reste incertaine. Si certains agriculteurs américains se sont déjà procuré des engrais pour la saison, ceux qui ne l’ont pas fait pourraient devoir faire face à des coûts nettement plus élevés.
Mesures américaines
Le gouvernement Trump a levé les sanctions sur la vente d’engrais en provenance de Biélorussie et du Venezuela afin de tenter d’atténuer la hausse des prix. Les organisations agricoles plaident en faveur de nouvelles mesures de soutien, notamment la suppression des droits de douane sur les engrais phosphatés en provenance du Maroc et de Russie. Le président Trump devrait annoncer une forme de soutien financier aux agriculteurs américains lors d’une réunion à la Maison Blanche.
Chris Abbott, PDG de Pivot Bio, une entreprise qui fabrique des produits agricoles destinés à apporter de l’azote au sol, indique avoir augmenté la production afin d’offrir une source d’approvisionnement nationale. Il souligne l’urgence de s’attaquer à ce problème. Les prix des engrais augmentent, tandis que les prix généraux des matières premières agricoles restent à la traîne. Cela conduit à un rapport sans précédent entre les prix des engrais et ceux des céréales.
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