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David Leisterh: Because of the formation of the Brussels government, I didnt see my mum die

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Debut mars, Boris Dilliès a convoqué une réunion de crise sur la sécurité, avec tous les bourgmestres. Vous étiez dans la salle comme bourgmestre de Watermael-Boitsfort, mais c’est lui qui dirigeait la réunion, en tant que nouveau ministre-Président bruxellois. Comment avez-vous vécu ce moment?

Quand j’entre dans la salle, je le vois, ainsi que son chef de cabinet qui est mon témoin de mariage (Mathieu Raedts)… Ce n’était pas confortable. J’apprécie énormément Boris, mais devenir ministre-Président a été l’objectif de ma vie pendant 15 ans. Je ne peux pas l’effacer du jour au lendemain. Aujourd’hui, je parviens à ranger ces sentiments dans un tiroir. Peut-être qu’un jour, il va se rouvrir et m’exploser au visage.

Cela évoque presque une rupture amoureuse…

C’est exactement ça. Mais on sait aussi que, 9 fois sur 10, si on retourne auprès de la personne qu’on a quittée, ça ne marchera pas.

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Est-ce que la politique bruxelloise, au niveau régional ou national, c’est vraiment fini?

J’ai tout donné. Mes vrais amis me disent que je ne dois pas dire que je ne reviendrai jamais. Et donc, je ne le dis plus.

Vous aviez comparé les négociations pour former un gouvernement bruxellois à quelque chose qui prenait l’air de vos poumons. Vous avez été suivi psychologiquement?

Seulement depuis récemment. Et cela m’aide, de même que le soutien de ma femme. Cela fait six mois que j’ai démissionné. Jusqu’à il y a peu, je n’étais pas prêt à poser des mots sur ce que je ressentais. Dans la foulée de ma démission, ma maman est décédée. J’ai vécu beaucoup de choses compliquées en peu de temps… Actuellement, je suis en train d’écrire un livre. Je dois partager cette expérience. Aussi pour que ma fille ou ceux qui veulent se lancer en politique sachent dans quoi ils entrent.

Conseilleriez-vous à votre fille de se lancer en politique?

Elle fera ce qu’elle veut, mais je ne vais certainement pas être celui qui l’incitera à entrer dans ce monde. Parce que c’est violent. Toxique. Nocif. Le privé est dur aussi, mais il y a une bienveillance qui n’existe pratiquement pas en politique.

“Arriver à un certain niveau de pouvoir, si tu n’es pas capable d’une certaine violence, c’est très compliqué”. Des personnalités moins agressives peuvent-elles encore survivre dans ce milieu ? Comme vous, Christophe De Beukelaer (Les Engagés) a tiré sa révérence.

Arriver à un certain niveau de pouvoir, si tu es trop doux ou raisonnable, si tu n’es pas capable d’une certaine violence, c’est très compliqué de s’en sortir. On me l’a beaucoup reproché. Mais c’est un défaut dont je m’accommode.

Vous étiez trop fragile? Pas assez agressif. Je n’aurais pas pu tenir aussi longtemps si j’étais si fragile.

Votre démission était-elle, au fond, une question de santé? Oui! Ma fille a beaucoup joué dans ma décision. Je la vois encore dans mes bras, alors que j’avais la tête ailleurs. C’est là que je me suis dit ‘stop’. Je ne veux pas être le père qui communique un tel stress à son enfant.

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Vous avez conduit le MR à la victoire, mais les négociations ont abouti juste après votre départ. Avez-vous des regrets? Le regret, c’est qu’on ait perdu du temps pour Bruxelles. Comme formateur, objectivement, je n’en ai pas. Il y avait tellement de veto. J’étais dans un tunnel, et dès qu’une lumière s’allumait, quelqu’un s’empressait de l’éteindre. Puis, à un moment, tout s’est envolé d’un coup.

Le MR a fini par lâcher beaucoup au PS en trois jours de négociations, pour obtenir la ministre-Présidence. Pourquoi cela n’a-t-il pas été possible quand vous étiez formateur? Ça, je ne le comprendrais jamais! Le CD&V est même rentré sans poste de ministre, alors qu’ils m’expliquaient que c’était impossible. Qu’est-ce qui s’est passé? Peut-être le Saint-Esprit…

Pourquoi Georges-Louis Bouchez et Valentine Delwart ont-ils lâché autant? La ministre-Présidence a un coût. Avec sept partis à table, ça fait sept factures à payer pour le MR. Mais je vois que la propreté et la sécurité sont les seuls secteurs où le budget augmente, c’étaient mes deux priorités. Il y a quand même de belles victoires.

Vous êtes-vous senti trahi? (Long silence) Oui, par moments oui. Je ne dirai pas par qui.

Est-ce possible d’être le meilleur ami de son “patron” (Georges-Louis Bouchez) sans polluer la relation? Cela polluait nos discussions, c’est sûr. Mais oui, il y a moyen, je l’ai fait. Je suis le parrain de son fils, il est celui de ma fille.

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N’y a-t-il pas un ressentiment entre vous? On se parle moins au téléphone, parce qu’il y a moins d’occasions, et parce que je n’ai plus envie de parler politique. C’est une bête politique, c’est compliqué de parler d’autre chose avec lui, même en vacances. Chez lui, tout est politique. Comme un coureur cycliste qui pense, mange et dort vélo. Moi pas…

Georges-Louis Bouchez vous a-t-il proposé de revenir, dans la dernière ligne droite des négociations? Oui, il a été correct. Mais il connaissait mon état d’esprit. Je n’étais plus la bonne personne pour le poste.

Comment avez-vous pris la décision de jeter l’éponge? Cela faisait un moment que je n’allais pas bien. Les vacances et la prise de distance m’avaient redonné de l’énergie. Je suis retourné négocier mais le retour a été une lente descente aux enfers. Je ne voulais pas aboutir à n’importe quel prix, je tenais à certaines réformes. C’était peut-être une erreur… La semaine avant ma démission, on a négocié du lundi au jeudi. La dernière nuit a été horrible, les gens se hurlaient dessus. J’ai cru qu’ils allaient en venir aux mains. Je suis rentré chez moi au milieu de la nuit, je suis allé m’asseoir dans la chambre de ma fille et là, je me suis dit : c’est fini.

À ce moment-là, vous l’annoncez à quelqu’un? Je l’écris à Georges-Louis. Il me conseille de réfléchir, mais le mardi, je fais l’annonce officielle. Je ne l’ai pas prévenu : il aurait essayé de me convaincre de rester des mois encore. Après l’annonce, il m’appelle : ‘Mais qu’est-ce que tu fais ? Je n’ai pas validé ça !’. Je lui ai répondu qu’on ne valide pas une démission.

Le soir même, vous craquez… J’étais allé m’expliquer sur le plateau de la RTBF. En sortant du studio, je me retrouve seul dans un long couloir. Et là, je m’effondre d’un coup, boum. Je fonds en larmes. Georges-Louis m’a appelé le lendemain matin très tôt. Je conduisais ma fille à la crèche pour la première fois. Il me dit : ‘Alors ça va ?’ Je réponds ‘oui, très bien’. Il me dit : ‘ah, merde ! La nuit ne t’a pas fait changer d’avis donc’. Il me rappelle le lendemain matin : ‘Alors ?’ Je lui réponds : ‘ça va encore mieux qu’hier’.

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Regrettez-vous d’avoir refusé le poste de ministre de l’Intérieur, quand Georges-Louis Bouchez vous l’a proposé alors que les négociations bruxelloises patinaient? Je n’aurais pas pu vivre toute ma vie avec l’impression d’avoir trahi les Bruxellois qui m’avaient fait confiance. Aujourd’hui, il y a tout de même un reproche que je peux faire à la politique bruxelloise. Dans notre système proportionnel, vous devez composer avec cinq ou six partenaires : il est pratiquement impossible de mener de grandes réformes avec autant de personnes à table. C’est très frustrant. D’ailleurs, aucune réforme de la mécanique institutionnelle bruxelloise ne se trouve dans l’accord fédéral. En 2029, on risque de se retrouver exactement avec les mêmes difficultés.

Comment sont vos relations avec Boris Dilliès? Je m’entends très bien avec lui. J’espère qu’il aura le courage et la patience que je n’ai plus eue, sur la fin. Je suis disponible pour l’aider, s’il le souhaite.

Vous soutenez David Weystman dans la campagne pour la présidence du MR bruxellois? Je ne vais pas rentrer dans ce sujet. On va avoir Boris comme ministre-Président, un président du MR bruxellois, une cheffe de groupe au Parlement (Loubna Azghoud). J’espère qu’ils pourront se répartir les énergies, car je me suis épuisé à faire du porte-à-porte à Molenbeek, à rédiger un programme, à interagir avec les partis, etc. C’était trop pour une seule personne.

Les débuts de Boris Dilliès ont été difficiles… Récemment, il a été qualifié de hautain dans ses réponses à Zakia Katthabi, notamment en estimant que les ministres n’avaient pas à diminuer leur salaire… Je n’ai aucune leçon à donner à Boris, vraiment. D’ailleurs, il a des formules que j’ai toujours un peu enviées.

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Vous-même, vous avez dû quitter le Parlement bruxellois pour vous concentrer sur votre poste de bourgmestre (en raison du décret sur le décumul) et ainsi renoncer à une grosse partie de vos revenus… Bien sûr! Je savais que j’allais gagner deux fois moins. Ce n’est pas comme si je le découvrais, mais il fallait faire un choix.

Une vie de ministre-président, ça vous aurait plu? Boris est ministre-Président depuis un mois et demi. Il n’aura plus aucune vie jusqu’aux élections… Les week-ends, les soirées, c’est terminé. Cela fait partie des raisons pour lesquelles j’ai renoncé… À cause de la formation du gouvernement, je n’ai pas vu ma maman mourir. Là, je veux voir ma fille grandir. Si vous ajoutez à cela le fait de gagner moins d’argent, plus personne ne voudra s’investir dans la politique et faire de tels sacrifices. Certains critiquent la qualité des débats politiques, qui est de plus en plus faible. Mais c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a plus personne de qualité qui veut s’engager en politique. Par ailleurs, le décumul intégral mis en place à Bruxelles (NdlR : interdiction de cumuler un mandat local et un siège de député) est une bêtise. Nous avons perdu des personnes de grande qualité qui, lorsqu’elles intervenaient, apportaient une qualité de débat gigantesque, comme Vincent De Wolf (MR, bourgmestre d’Etterbeek).

Aujourd’hui, vous avez trouvé du travail dans le privé, dans une boîte de communication. Je suis consultant, en plus d’être bourgmestre de Watermael-Boitsfort. Cela m’a redonné de l’entrain intellectuel, aussi. Sur la fin, dans les négociations pour former un gouvernement, j’avais du mal à me lever très tôt. J’étais dans une phase de dépression avancée sans le reconnaître. Aujourd’hui, grâce à ce nouvel équilibre professionnel, je me lève à nouveau à 5 heures du matin. Dépendre uniquement de la politique est une énorme erreur que commettent beaucoup de politiciens. C’est aussi dangereux pour la liberté de penser et pour la liberté d’action. Vous devenez dépendant de ceux qui vont vous élire. Cela influe, au final, sur la manière dont vous pensez, dont vous agissez. Peu importe de quoi mon avenir sera fait, plus jamais je ne serai dépendant de la politique.